vendredi 10 octobre 2008

Le Pape Jean-Claude Ier va communiquer avec les esprits du Marché

Sa Sainteté Jean-Claude Ier invoque la clémence des esprits


"C'est une lourde épreuve que le Dieu du Marché nous envoie", doit se dire en son for intérieur le Pape Jean-Claude Ier, le Gourou de la secte de la Grande Triche, alors que le monde des riches se trouve plongé dans la tempête boursière.

Tandis que des milliers d'adeptes en appellent à Dieu pour faire remonter les cours de bourse, d'autres commencent sérieusement à douter de leur foi.

"Je commence à me demander si on se serait pas fait un peu enfler", s'interroge Jacques, 53 ans, chef de service informatique à Puteaux, reprenant à son compte la métaphore boursière de la bulle, alors que son portefeuille d'actions est revenu à son niveau de janvier 1986. "Pourtant j'ai fait tout ce que m'a dit monsieur le curé, j'ai acheté des actions Natixis, du France Télécom, du EDF, à l'époque j'avais même acheté du Eurotunnel, c'est dire si je suis un bon croyant."

Sa Sainteté Jean-Claude Ier se trouve en effet confronté à un double problème, car en plus des difficultés que traversent sa caste, il pourrait voir de nombreux adeptes quitter la Sainte Eglise pour s'adonner aux forces hérétiques du socialisme.

Olivier Belzébuth, dans un rire sardonique, attire les âmes perdues vers les forces du Mal


Le Président Sarkozy, chantre de la Laïcité, c'est-à-dire du développement des religions, lui a assuré son soutien : "La France est le pays de toutes les religions et de la liberté de culte. Cependant, elle ne peut pas renier ses racines libérales de droite", a-t-il annoncé tandis qu'il nationalisait partiellement Dexia.

Hier, le Pape Jean-Claude Ier a donc adressé un message de paix au peuple français, afin de le rassurer : "Nous sommes unis au niveau de la planète entière", a-t-il prononcé, encourageant ainsi la socialisation des pertes.

Les Grands Argentiers du G7 devraient se recueillir aujourd'hui afin de tenter de faire remonter le NASDAQ


Puis, il a promis de communiquer avec les esprits du Marché afin d'invoquer leur clémence. "Les Dieux ne nous sont pas favorables en ce moment. Je crois qu'ils nous réclament plus d'offrandes.", évoquant la mise à disposition de l'argent public au service des banques.

Alors que les plus faibles craquent, Son Eminence Madelin, grand théologien de la secte, interprète déjà les saintes paroles : "Le message est clair, le grand malheur qui s'abat sur nous est dû à une faute humaine, et nous en sommes punis aujourd'hui. Nous devons l'expier par un sacrifice de pauvres."

Monseigneur Madelin, qui a longtemps milité pour la reconnaissance de l'Eglise Libérale, la mouvance la plus fanatique de la Grande Secte


Une grande rafle d'étrangers devrait être organisée dans les tous prochains jours, afin d'apaiser les esprits du Marché. Aussi, prions ensemble pour que cela suffise et nous apporte l'espérance.

18 commentaires:

Christine a dit…

Y'a un mot en trop à la toute fin du texte ;-DD

A-t-on idée de combien de milliers de licenciements il va falloir pour apaiser les Dieux du marché ? Est-ce que les licenciements d'intérimaires vont suffire ou faudra-t-il offrir en sacrifice des CDIstes ?

Anonyme a dit…

Amen.

Léo a dit…

...l'oseil.

celeste a dit…

un petit bijou :-)

et bravo aussi pour les liens, celui qui mène vers les déclarations de Madelin est une perle.

Jean-Pierre Martin a dit…

Je crois que les sermons hebdomadaires d'Yves Calvi sont particulièrement riches en enseignements théologiques, mais dans celle-ci je pense qu'on a frôlé l'éveil.

Alejandro a dit…

Bonjour à tous,

Quelqu'un pourrait-il me dire en quoi ceci est faux? Merci!

http://www.fahayek.org/index.php?option=com_content&task=view&id=1766&Itemid=1

Jean-Pierre Martin a dit…

@ alejandro :

merci beaucoup pour le lien, je me suis trop poilé. Excellente parodie, plus vraie que nature !

vfwh a dit…

@alejandro:
Vérité n'est pas raison. A peu près tout ce qu'il y a dans ce texte est vrai (je pense qu'on peut juste douter des raisons de la privatisation de Fanny Mae qui seraient de pouvoir mieux emprunter pour financer la guerre du Vietnam - je pense qu'on peut légitimement penser que le principe de la privatisation des pertes et de la nationalisation des profits était déjà au coeur de cette décision).

Le problème est de savoir si ces vérités représentent un vision exhaustive de la réalité. La réponse est non.

Pourquoi l'état voulait-il favoriser l'accession à la propriété des pauvres? En remplacement d'une politique de logement social. Un pauvre que tu aides à accéder à la propriété, c'est un de moins que tu as sur les bras à loger dans du logement subventionné. C'est cette logique du "tous propriétaires et le monde sera un paradis", logique de la fondation Hayek, qui est l'une des racines de ce problème.

Tout à leur rêve d'un monde sans dépenses sociales où tout le monde serait propriétaire de tout ce dont il peut avoir besoin, livré à lui-même et seul, gérant ses propres besoins égoïstement, tout ceci étant la condition du monde idéal, les ultra-libéraux nous vendent le fantasme d'un monde où tout le monde doit être propriétaire de sa barraque plutôt que locataire. Résultat, au lieu d'élargir les services publics, dont les logements sociaux, on casse les dépenses publiques, laissant chacun se démerder.

Or, il faut bien à un moment donné que cette pression de la pauvreté remonte quelque part, ce n'est pas magique. Ce n'est pas parce qu'on décide qu'on va arrêter de redistribuer de la richesse à tout le monde (notamment aux pauvres) par les services publics que les pauvres vont disparaître. Donc, à un moment donné, il faut bien essayer de faire quelque chose pour les pauvres, l'opinion le demande. Or, financer des projets de service public est interdit par la doxa libérale, ben on va cacher cete charge sous forme de risque (mais au cas où ça fait des profits, c'est pas pour nous). L'avantage du risque, c'est qu'il n'apparaît pas sur les bilans, seules les primes du risque apparaissent.

On voit bien d'ailleurs dans l'article même du gars de la fondation Hayek (l'inventeur de ce monde de mort dans lequel nous vivons aujourd'hui) que les encours ont explosé, litéralement, seulement depuis 10-15 ans. Quelle coïncidence.

Bref, le délire libéral du "pas de services publics", ce délire-là a autant sa place dans l'histoire de cette débâcle que l'histoire de Fanny Mae et Freddy Mac. La logique de l'argument de ce gars-là, in a nutshell, c'est "prêter aux pauvres en garantissant les pertes, c'est du délire". Oui, c'est vrai, et ce sont les politiques, dont beaucoup sont tout acquis au Hayekisme, qui l'ont "laissé faire". Mais alors, on fait quoi pour exercer notre désir de solidarité et permettre à chacun de vivre dignement? La seule réponse qu'apportent les libéraux c'est "j'en sais rien mais faites confiance à mon modèle et tout va s'arranger". C'est de l'idéologie tout aussi idéologique que le stalinisme, ni plus ni moins. Aucun pragmatisme là dedans, aucun sens des réalités, aucune connaissance del'homme.

Cette opinion/analyse que j'exprime ici, d'ailleurs, n'est qu'une facette de la vérité, il y a beaucoup d'autres angles, notamment culturel (la cupidité, l'argent-roi, liberté économique / perte de liberté politique ), philosophique (la réification du monde, le déséquilibre des valeurs), politique (la fin du principe de solidarité, la folie de la sécurité contre la liberté politique et sociale), scientifique (la réduction de l'homme, le délire du gène et du neurone), psychologique (dissonance cognitive entre risque et précaution, entre âme et chose) etc.. Tout ça a à y voir. On ne comprend pas le monde par des équations et des principes économiques, comme le croient ces charmants talibans disciples de Hayek - qui ne sont malheureusement pas les seuls.

Pour ceux qui veulent du vrai incaricaturable Hayekien, je vous recommande vivement Bertrand Lemennicier: http://lemennicier.bwm-mediasoft.com/.

vfwh a dit…

Evidemment, je voulais dire privatisation des profits et nationalisation des pertes...

Alejandro a dit…

@ vfwh

Merci pour vos explications. C'est vrai que l'ultralibéralisme, c'est la conviction qu'il doit y avoir des perdants, sinon il n'y aurait pas de gagnants, et qu'il n'est pas souhaitable de les aider à sortir d'une condition inévitable et tout compte fait méritée.

On peut être d'accord avec cette logique ultralibérale, comme vous le dites c'est souvent une question de point de vue. Considérer que les hommes sont faits pour vivre comme des animaux en s'entredéchirant pour survivre, c'est pour moi lamentable, mais ce n'est ni vrai ni faux. Mais voici ma question : la crise des subprimes se serait-elle déclenchée si l'état n'avait pas légiféré ? Ce que je voudrais savoir, c'est si vous pensez que la crise des subprimes (et non la misère, l'inégalité, l'injustice) vient du système financier lui-même ou si elle a été favorisée par une décision non issue du marché. Car si l'état, en essayant de bien faire, a pris une décision qui a finalement conduit à une crise, les ultralibéraux ont peut-être raison de se rebeller lorsqu'ils entendent que leur système (de merde, d'accord, mais là n'est pas ma question)s'autodétruit.

@ JP Martin

Je suis content que vous vous poiliez, mais je préfère la réaction de vfwh, qui prend la peine d'expliquer son point de vue. Cela dit, je suis consient que vous ne pouvez fournir des réponses détaillées à tout le monde

Jean-Pierre Martin a dit…

Conscient, pas consient.

Alejandro a dit…

Cher JP,

Si vous vous donnez la peine de chercher mieux, vous trouverez certainement d'autres fautes d'orthographe dans mon texte. Il serait intéressant que vous en fassiez profiter ceux de vos lecteurs qui les auraient ratées.

Tenez, pour relancer le débat, je m'y mets aussi : les guillemets que vous employez ne conviennent pas à la langue française. A vous ! (indice : j'ai notamment oublié une espace quelque part)

Jean-Pierre Martin a dit…

UN espace

vfwh a dit…

@alejandro:
Je crois que la façon dont vous posez la question est une simplification. Que les libéraux s'énervent, c'est leur droit le plus strict.

Qu'ils aient la possibilité de se dédouanner de ce qui se passe, en revanche, est une autre histoire.

A mon sens, les libéraux ont une double responsabilité dans cette histoire :
La première, je l'ai dit plus haut, c'est d'avoir imposé une grille de solutions à tous les problèmes qui ne passe que par des mécanismes de marché et de propriété individuelle. C'est à cause de ça que nous en sommes là, aussi. Ce n'est pas parce qu'il y a aussi d'autres raisons que celle ci n'en est pas une.
Par ailleurs, l'autre cause, directe celle-ci, de la débâcle, c'est la titrisation et les produits dérivés.
Titrisation : créer des produits financiers regroupant des crédits pourris et des bons crédits, ayant pour effet de masquer le risque réel. Si on l'a fait, c'est bien qu'on savait que ces crédits étaient pourris. On a donc mis en marché des instruments de ce type sur la base d'une logique libérale, selon laquelle le marché agît magiquement et est rationnel, donc saura absorber ces risques en équilibrant tout ça. L'un des fondements théologiques de la théorie des marchés est que chaque agent est omniscient et rationnel et qu'il prend toujours la bonne decision par définition. C'est pour cette raison que ce genre de produits derivés existe: on peut prendre n'importe quoi et le mettre sur le marché, ça réglera le problème.. On voit bien ici que c'est faux.
Troisième raison : le problème de base vient des crédits subprime, en effet. En revanche, la débâcle, elle, vient des mécanismes de marché à qui on a confié ces crédits. Je m'explique : il existe des règles bancaires et comptables qui limitent l'exposition au risque des structures bancaires. Si ces règles de bases avaient eu cours, le risque réel de ce crédits serait apparu bien plus tôt, dans le bilan des établissements bancaires ayant octroyé les prêts. Il serait passé en provisions et l'exposition au risque se serait arrêtée à un stade normal, grâce à ces règles. Or, depuis la fin des années 80, sous l'impulsion des libéraux animés par la foi en l'infaillibilité des marchés, on les a dérégulés pour permettre l'éclosion des produits dérivés, dont la caractéristique principale est de contourner les limites règlementaires d'exposition au risque en n'inscrivant pas ces derniers au bilan. C'est ce qu'on appelle le hors-bilan. Ceci permet donc au marché, puisqu'il est capable, par sa nature même, de tout savoir et tout maîtriser de ce qui echappe à l'entendement de l'homme, de ne pas se plier explicitement au controle des risques.
Moralité, quand il y a un grain de sable, tout le risque non comptabilisé revient sur le tapis et fauche tout sur son passage.

En ce sens, c'est bien cette foi aveugle en un marché magique capable de tout controler et tout anticiper, qui est à la racine de la débâcle.

J'arrête là car je tape sur un mobile, et c'est un peu pénible et m'oblige à éluder beaucoup de détails.

Jean-Pierre Martin a dit…

@alejandro : d'autres questions ?

pièce détachée a dit…

@ Jean-Pierre Martin : en typographie, on dit UNE espace. A côté de la pelle à pallier, une fourche à espaces vous attend en camp de rééducation. Gare !

@ Alejandro et vfwh : merci à vous, vous êtes héroïques - soit dit sans aucune ironie (pour une fois).

Alejandro a dit…

@ pièce détachée

Bravo ! Je tends un piège gros comme une maison à JP; il s'y vautre avec délice ! UNE espace, dans ce cas précis.

Je comprends qu'un Être de l'envergure de JP ne puisse souffrir l'insondable bêtise de mes questions. De l'Olympe que son Esprit nimbe d'une brume de génie ne descend que mépris pour la plèbe ignorante ; j'ai le malheur de faire partie de ce peuple grouillant, je mérite bien ses sarcasmes.

Blague à part, JP, je suis tombé par hasard sur le site de l'institut Hayek, j'y ai lu quelque chose qui me dérange, mais que mes connaissances limitées en la matières ne permettent pas de nier clairement (ce qui ne fait pas de moi un crétin). J'ai donc posé la question en espérant que vous ou un de vos lecteur pourrait m'aider. Je ne sais pas si vous êtes susceptible au point de ne pas supporter un lien renvoyant à l'Institut Hayek sur votre blog ou si votre répertoire se limite au ricanement, mais vous ne rendez pas service à la cause que vous défendez (qui se trouve être aussi la mienne).

Alejandro a dit…

Rebonjour vfwh,

Merci pour toutes ces précisions. Elles me permettent de comprendre un peu mieux la situation... Je vous en suis reconnaissant, tout le monde n'a pas la fibre pédagogique (suivez mon regard).