vendredi 21 mars 2008

L'individualisme


"Les économistes bourgeois nous disent qu'ils sont les partisans d'une liberté illimitée des individus et que la concurrence est la condition de cette liberté. Mais voyons quelle est cette liberté. Et d'abord une première question : est-ce le travail séparé, isolé, qui a produit et qui continue à produire toutes ces richesses merveilleuses dont se glorifie notre siècle ?

[...]Le travail isolé des individus serait à peine capable de nourrir et de vêtir un petit peuple de sauvages.Une grande nation ne devient riche et ne peut subsister que par le travail collectif, solidairement organisé. Le travail étant collectif, la production des richesses étant collective, il semblerait logiquement, n'est-ce pas, que la jouissance de ces richesses devrait l'être aussi.



Et bien voilà ce que ne veut pas, ce que repousse avec haine l'économie bourgeoise. Elle veut la jouissance isolée des individus. Mais de quels individus ? Serait-ce de tous ? Oh, non, point du tout ! Elle veut la jouissance des forts, des intelligents, des habiles, des heureux. Ah, oui, des heureux surtout. Car dans son organisation sociale, et conformément à cette loi d'héritage qui en est le fondement principal, il naît une minorité d'individus plus ou moins riches, heureux, et des millions d'êtres humains déshérités, malheureux.

Puis la société bourgeoise dit à tous ces individus : luttez, disputez-vous le prix, le bien-être, la richesse, la puissance politique. Y a-t-il au moins égalité dans cette lutte fratricide ? Non, pas du tout. Les uns, le petit nombre, sont armés de pied en cap, forts de leur instruction et de leur richesse héritée, et les millions d'hommes du peuple se présentent dans l'arène presque nus, avec leur ignorance et leur misère également héritées. Quel est le résultat nécessaire de cette concurrence prétendument libre ? Le peuple succombe, la bourgeoisie triomphe, et le prolétaire enchaîné est forcé de travailler comme un forçat pour son éternel vainqueur : le bourgeois.



[...] il y a aujourd'hui dans les grands capitaux une tendance ostensible à s'associer pour constituer des capitaux monstrueusement formidables. L'exploitation du commerce et de l'industrie par des sociétés anonymes commence à remplacer, dans les pays les plus industrieux, en Angleterre, en Belgique et en France, l'exploitation des grands capitalistes isolés. Et à mesure que la civilisation, la richesse nationale des pays les plus avancés s'accroissent, la richesse des grands capitalistes s'accroît, mais le nombre des capitalistes diminue. Une masse de moyens bourgeois se voit refoulée dans la petite bourgeoisie, et une plus grande foule encore de petits bourgeois se voient inexorablement poussés dans le prolétariat, dans la misère.



C'est un fait incontestable, aussi bien constaté par la statistique de tous les pays que prouvé par la démonstration la plus exactement mathématique. Dans l'organisation économique de la société actuelle, cet appauvrissement successif de la grande masse de la bourgeoisie au profit d'un nombre restreint de monstrueux capitalistes est une loi inexorable, contre laquelle il n'y a pas d'autre solution que la révolution sociale. Si la petite bourgeoisie avait assez d'intelligence et de bon sens pour le comprendre, depuis longtemps elle se serait alliée au prolétariat pour accomplir cette révolution.



Mais la petit bourgeoisie est généralement très bête ; sa sotte vanité et son sec égoïsme lui ferment l'esprit. Elle ne voit rien, ne comprend rien et, écrasée d'un côté par la grande bourgeoisie, menacée de l'autre par ce prolétariat qu'elle méprise autant qu'elle le déteste et le craint, elle se laisse sottement entraîner dans l'abîme."


Michel Bakounine, mai 1871 (La Commune de Paris).

5 commentaires:

Monsieur Bernard a dit…

1871...belle démonstration de l'archaïsme des gauchistes actuels...

bon je vous laisse, le samedi j'ai golf..

piedo a dit…

Monsieur Bernard a parfaitement raison. Pourrait-on en finir avec les idéologies dépassées d'un autre siècle et, ensemble, travailler au redressement de notre beau pays ?

Bourguignon a dit…

J'aime bien ce qu'il dit le camarade Bakounine même si ça date de 1871, ça n'a pas vraiment vieillit? Hélas!!!

Anonyme a dit…

Quand on parle d'archaïsme; on peut signaler au passage que les arguments avancés contre les 35H datent eux-même du 19ème siècle.

o. a dit…

ce qui vieillit le plus mal finalement, ce sont les lendemains qui chantent...