lundi 7 janvier 2008

Lexique du travail de bureau


14 h 21.
Aujourd'hui, de grandes choses nous attendent. Je ne sais pas pourquoi, je le sens comme ça, c'est une grande journée qui s'annonce. Dommage qu'elle ne commence qu'à 18h... mais bon.

On pourrait commencer par un brainstorming sur le langage de bureau, dialecte qui véhicule étrangement des non-concepts. C'est-à-dire une liste de notions suffisamment fumeuses pour qu'on pense qu'elles correspondent à quelquechose de réel mais que notre intelligence est insuffisante pour en saisir pleinement le sens concret.

Il s'agit d'approcher le réel en retenant une petite partie du sens. Car le sens a une valeur que l'on ne se partage qu'entre élites.

Par exemple, le mot argent. C'est quand même pas compliqué à dire, et tout le monde comprend ce que c'est. Justement. Jamais ce mot n'est employé (de bureau).

Allons-y pour un petit lexique du vocabulaire et des locutions burelières :

- ressources : n. f. pl : quantité d'êtres humains disponibles. Unité : le jourôme. Exemple : "Cette évole a été chiffrée à 150 jourômes."

- en termes de planning

- visibilité

- affecter

Exemple : "En termes de planning, je n'ai aucune visibilité par rapport à où je vais t'affecter". Traduction : "J'ai pas de boulot pour toi, mon petit bonhomme !"

- collaborateur : n. m. : syn : sous-fifre, personne insignifiante. Exemple : "François Fillon est un collaborateur".

- management qualité : loc. : discipline qui vise à étudier les moyens à mettre en oeuvre à plus ou moins grande échelle permettant de faire travailler les collaborateurs (voir définition) plus pour le même salaire.
Exemple : "Aujourd'hui , je suis en Comité Management Qualité". Traduction : "Je vais me la couler douce toute la journée de 9h à 16h30. Mais dès demain, je vais t'en faire baver avec mes nouveaux moyens de pression."

- service : n. m. : désigne le fruit du travail d'un collaborateur (voir def.), que reprend à son compte le supérieur hiérarchique lorsqu'il le présente au Client, tout en le faisant savoir à son propre supérieur.

- supérieur : n. m. : personne d'une qualité supérieure. Celui qui, du fait de sa supériorité, décide d'un air supérieur du sort des êtres inférieurs.

A compléter... c'est pas tout ça mais il est déjà 15h30

2 commentaires:

Sterduff a dit…

- chiffrage : n.m. : trop rarement affublé de l'expression "à la louche". Nombre de jours de réserve permettant à une ressource d'effectuer une tâche avec une tolérance de +/- 500 %. Exemple : "Au vu des specs, rajoute 200 jouromes, on sait jamais"

Jean-Jacques Jean a dit…

arbitrage : n.m. : terme issu du vocabulaire sportif permettant de ne pas recourir au mot tabou "choix". Contient implicitement la notion de hiérarchie puisque l'arbitre se situe au dessus de la mêlée. Permet à toute personne de se défausser à moindre frais en cas de mauvais arbitrage. Souvent associé au terme "instance". Exemple : "Demain, en toute logique, l'instance d'arbitrage devrait valider le nouveau chiffrage. Je compte sur votre discrétion concernant les motifs du retard de 200 jouromes".
Citation : "dans une entreprise on ne choisit pas, Monsieur, on arbitre" (J. Brel).