mercredi 2 juillet 2008

Jean-François a eu très peur

Un frisson parcourut l'échine de Jean-François. La gorge serrée, il réprima un haut-le-coeur tandis que tout son être se mettait à trembler. Il tenta vainement de déglutir. Paralysé. Jean-François était paralysé par cette peur qui lui nouait le ventre. Il voulait hurler, s'enfuir, mais pour aller où?

Tout ceci avait un air de déjà vu. De déjà ressenti. Lui remontait les images d'un moi de mai honni. La France venait de basculer dans l'horreur. Toute la famille avait bouclé ses valises et fui cette France ingrate, cette France qui les rejetait, qui les bannissait. Il se rappelait distinctement cette évacuation vers la frontière suisse, et l'angoisse de la course contre la montre avec les chars russes. C'était le 10 mai 1981.


L'oreille tendue, presque collée à sa radio, Jean-François revivait ce cauchemar. Il écoutait la voix de France-Info répéter tous les quart d'heure la même information. Il ne pouvait s'empêcher d'attendre le flash suivant pour vérifier ce qu'il espérait n'être qu'un rêve. Mais chaque fois, ses espoirs se brisaient sur le rocher de la réalité. Il se retrouvait alors pauvre adolescent, farfadet de la cour du lycée Victor-Duruy, priant chaque matin pour qu'Elle daigne enfin le regarder, lui sourire et pourquoi pas lui parler. Mais la Belle n'eût jamais un regard pour lui. Finalement, il ne lui restait de ces années de jeunesse que de douloureux souvenirs. Dans sa tête résonnait encore les insultes, les quolibets de ses camarades : "fayot", "chouchou". Il les méprisait, il les haïssait tant. A bien y réfléchir, c'était cette haine qui l'avait poussé à s'engager alors dans les jeunesses RPR. Pour pouvoir les faire payer, pour pouvoir être accepté tel qu'il était.

La droite à visage humain


Il errait hagard dans sa cuisine. Ce n'était pas possible. On n'était pourtant pas le 1er avril. Comment la France avait pu en arriver là. Tout en jouant mécaniquement avec son bilboquet, il récitait à voix haute le flash de la radio, comme pour se persuader de la réalité : "Olivier Besancenot a déjeuné avec l'ancien terroriste d'Action Directe Jean-Marc Rouillan qui a montré de l'intérêt pour le Nouveau Parti Anticapitaliste".


Il est des images qui réchauffent le cœur de Jean-François Copé


Il se précipita aux toilettes. Son ventre n'avait pas résisté à la peur. Les bolchéviques déferlaient sur la France et ils allaient lui faire payer, c'était sûr. Déjà, il regrettait. Pourquoi avait-il eu besoin de mettre autant de morgue dans son combat contre les pauvres, les étrangers, les gauchistes? Pourquoi avoir publiquement raillé, moqué, calomnié l'extrême gauche. Ils allaient le chasser et le tuer là froidement dans sa cuisine. Peut-être était-il encore temps de se sauver, de s'amender, d'adhérer au NPA, de signer une pétition, de participer à une manif? Il était écœuré rien qu'à l'idée de fréquenter le peuple, de sentir la sueur, de bouffer des merguez! Plutôt crever, euh non! Plutôt s'enfuir! En Grande-Bretagne, il pourrait faire une brillante carrière d'avocat. Mais quelle idée de cumuler avocat et député, deux fois plus de raisons de se faire descendre. Il entendit des pas dans l'escalier. Et si c'était eux? Il se dirigea vers la fenêtre, prêt à sauter. Les pas s'évanouirent. Un sursis.

Georges Besse, un homme intègre abattu en plein plan social

La bouteille de whisky à moitié vidée, l'appréhension était toujours là. L'insécurité. Après avoir agité son chiffon rouge pendant des années pour faire peur au peuple, voilà qu'il la percutait de plein fouet. La vraie. Pas celle instrumentalisée par l'UMP. Non, celle qui touche les élites, les riches, les forces vives de la Nation. Le peuple n'avait rien à craindre de ces barbares rouges; il voyait déjà les gueux piétinés son cadavre. La revanche de la revanche du Lycée.

L'image du corps de Georges Besse lui revint alors. Pouvait-on imaginer un acte plus barbare que tuer un serviteur du libéralisme, du capitalisme? C'était assassiner la liberté. les vapeurs de l'alcool lui redonnait peu à peu courage. Il redevenait le défenseur de cette liberté. Et il devait se battre. N'était-il pas le chef des députés UMP? C'était à lui de montrer le chemin de la résistance. Il fallait aller à la radio, et montrer au monde entier l'horreur qui se tramait.

"Il a certes payé sa dette à la société, mais le lancement de la gauche de la gauche par Besancenot avec Jean-Marc Rouillan, ça fait froid dans le dos"


C'est en sortant du studio d'Europe 1 que Jean-François apprit la bonne nouvelle. Les déclarations d'Olivier Besancenot étaient sans équivoque : il était "fier d'appartenir à un parti qui désapprouvait et décriait les méthodes d'Action Directe". La révolution n'aurait pas lieu. Le peloton d'exécution s'éloignait.

Jean-François n'aurait jamais à répondre de ses actes. Il pourrait dormir tranquille. Et avec lui Bernard, Liliane, Vincent et les autres...



Même pas peur...


2 commentaires:

Molloy a dit…

Les craintes du petit Jean-François sont pourtant bien fondées : nous savons tous, grâce à BHL, Alain Delon, Val, Atali et Jean-Pierre Pernaud que TOUT CE QUI N'EST PAS A DROITE EST NAZI !

cheul a dit…

et tout ce qui est anticapitaliste ou écologistes: des khmer verts ou des staliniens !!!!!
Sacré BHL, tu parles d'un philosophe!
si on a une autre idée que lui, elle est forcément extremiste et mauvaise
lui, homme de gauche, qui a une super propriété au maroc et qui de ce fait ne paie pas d'impot en france...
heureusement qu'il a une superbe femme avec de beaux roberts, ca compense! même si elle chante faux!

(je me défoule un petit peu, mais ca fait du bien)