mardi 2 décembre 2008

Nous sommes tous des Vittorio - L'éditorial de Monsieur Bernard

La France est au bord du gouffre. Ce gouffre béant dont on n'ose à peine prononcer le nom. Rien ne laissait supposer un tel dérapage. Et pourtant le mal est venu, inattendu, imprévu, et il a frappé à la porte de Vittorio, au petit matin, à l'heure du bourreau. La France vivait bien, trop bien, endormie sur une démocratie et des droits de l'homme qu'elle croyait éternels. Mais le drame de Vittorio nous rappelle à la nécessaire vigilance, l'indispensable méfiance qui doit veiller sur nos libertés.
A la grande surprise de la rédaction de Libé, Vittorio a baissé son froc en garde à vue

Bien malgré lui, Vittorio est devenu le symbole de cette lutte, de notre lutte. Vittorio n'est ni noir, ni arabe, ni gitan. Il a les cheveux courts, n'est pas écolo et respecte les horaires de train. Vittorio est un ancien patron, un toujours journaliste, il est blanc et a des papiers : Vittorio est innocent. Il a pourtant subi l'outrage, l'humiliation d'un état que l'on nomme policier. Jamais dans l'histoire de notre République, la démocratie n'avait été autant mise en danger. Et il est de notre devoir à nous qui avons un contact direct avec le public, de témoigner, de dénoncer ce premier pas vers le fascisme. Car c'est bien de cela qu'il s'agit.

Et le peuple ne s'y est pas trompé. Unanimement, tous se sont rassemblés derrière Vittorio. De Jack Lang à Frédéric Lefèvre, de Nicolas Sarkozy à Jean-François Copé, de Laurent Joffrin à Eric Fottorino, tous ont pris conscience que la bête immonde pouvait ressusciter. Si nous n'y prenons garde, demain c'est aux enfants qu'on s'attaquera. Imaginez une France où on enfermerait les enfants, où on lâcherait les chiens dans les collèges, où on dépisterait les gènes criminels dès 3 ans, où on enfermerait les étrangers, où on tuerait impunément dans les commissariats, où on laisserait mourir les sans-abri. Fantasmes? Peut-être, mais qui peut prévoir ce qui se passera dans 20 ans? Croyez bien que nous serons vigilants. A la moindre dérive, nous serons là pour interpeller le pouvoir. C'est notre vocation. Nous ne laisserons pas dérailler l'indispensable lutte contre le terrorisme d'ultragauche vers une restriction de nos libertés.

Les méthodes policières ne sont pas toujours condamnables


Un pays qui s'attaque à la liberté de la presse est un pays malade. La presse est un indispensable contre-pouvoir que nous devons défendre bec et ongles. Nous ne céderons pas face aux tentatives d'intimidation. Messieurs les censeurs, nous continuerons à nous battre pour la vérité. Car les français ont droit à la vérité. La presse n'est pas un organe d'état. Et l'actionnariat privé, de Lagardère à Dassault en passant par Rotschild, assure notre indépendance. La presse française restera libre.

23 commentaires:

Christine a dit…

Y'a un gros problème avec les billets de ce blog (et je l'ai déjà signalé, mais rien ne change), ils sont tellement excellement pertinents et finement ciselés qu'ils découragent le commentaire.

Ce qui n'est évidemment pas une raison suffisante pour que je ferme mon clavier...

Bon, alors, heueueueu.... continuez

yelrah a dit…

1er trimvirat : Jules Cesar, Gnaeus Pompeius Magnus et Marcus Licinius Crassus .
2eme triumvirat : Octave, Marc Antoine et Lepide .
3eme triumvirat : Lagardère, Dassault et Rotschild ?

Philippe a dit…

D'habitude je lis vos articles un sourire aux lèvres mais là ça ne vient pas.

Et cet article du Point (http://www.lepoint.fr/actualites-politique/lefebvre-ump-pour-une-detection-des-troubles-du-comportement-chez/917/0/296096) où, Frédéric Lefebvre, porte-parole de l'UMP avec sa tête de tueur à la Tarantino déclare :

« quand vous détectez chez un enfant très jeune, à la garderie, qu'il a un comportement violent, c'est le servir, c'est lui être utile à lui que de mettre en place une politique de prévention tout de suite (...) »

ne va pas rehausser l'état de mon moral.

GwenN a dit…

Vous en rêviez ?
Monsieur Bernard l'écrit !

Xapatta a dit…

Je suis d'accord avec l'essentiel de ce texte, mais malgré tout quelque chose me frappe. Cela fait beaucoup de temps que ces méthodes inhumaines sont appliquées, à la différence près qu'elles sont d'habitude appliquées à des citoyens qui n'ont pas le même accès aux médias qu'un journaliste. J'espère que cet évènement permettra à tout le monde de se rendre compte que c'est inacceptable de se faire menotter devant ses enfants, et que toute personne est présumée innocente avant d'avoir été jugée. Ce n'est pas parce que "Vittorio n'est ni noir, ni arabe, ni gitan [...] Vittorio est innocent" que la police ne doit pas se comporter de cette manière. C'est simplement parce que c'est un être humain.

Anonyme a dit…

non, non, c'est parce que c'est un journaliste — ne pas confondre !

celeste a dit…

D'accord avec Christine mais je ne résiste pas au plaisir de l'écrire moi aussi: BRAVO!

Anonyme a dit…

Il est en effet honteux qu'un traitement habituellement réservé aux chiens, aux noirs et aux arabes soit appliqué à un gars bien de chez nous. Il est journaliste, d'accord, mais ce ne sont pas tous des chiens.

crybabycry a dit…

Comme beaucoup de lecteurs, j'apprécie ta plume si fluide et incisive.
Tu touches là où ça fait mal, sur nos valeurs citoyennes quotidiennement bafouées.
Résistance citoyenne, en colère, joyeuse?
Tout de même, s'émouvoir du traitement d'un ancien directeur de rédaction quand ça arrive tous les jours à d'autres... C'est dire combien on devient blasé par l'injustice quotidienne.
A bientôt de te lire

Le PassereauMasqué a dit…

Ben, pour une fois, je trouve un article de monsieur Bernard à côté de la plaque. Ce n'est pas parce que le monsieur humilié par la police est de Libération qu'il faut rire de ce qui lui est arrivé. Faut pas déconner tout de même. Cette affaire montre une aggravation du cas "France, en avant vers la dictature". Pourquoi ? Parce que l'élargissement de la gestion policière brutale des banlieues s'étend à toute la société. Collèges, journalistes pourtant bien sages, tout le monde y passe ! On pouvait s'y attendre. Les beaufs ont eut peur des "sauvageons" dont ils croyaient que la police les protégeait... et les voila pris au piège.

Cette affaire est l'occasion de mettre en lumière la violence des forces de l'ordre, une violence quotidienne et systématique.

Jean-Pierre Martin a dit…

Oui mais c'est quand même pas tous les jours que sarkozy "comprend l'émotion" d'un mec qui vient de se faire arrêter par la police...
saluons cette nouvelle comme il se doit

Anonyme a dit…

"comprendre l'émotion" n'implique pas de la partager / les maux ont un sens / c'est du langage de horde dure installé depuis . . . & mais wouiii / bientôt dix ans / souvenons-nous des compationnalisateurs de droite à la TV préparant le terrain / il est toujours rassurant de voir un copé, tel un jego mettre une main tendre à la bertrand sur l'épaule douce d'un plix quelconque : "je comprend votre émotion"/ ( mais j'en ai rien à battre / ça ké bon ,,, / continue mon loulou

Jean-Pierre Martin a dit…

Sans aucun doute. Cependant, on n'a jamais vu un Sarkozy ou un quelconque membre de son chenil "comprendre l'émotion" que pouvait susciter le tabassage d'un jeune maghrébin par les flics, ou l'arrestation d'un enfant de 8 ans qu'on voudrait virer parce qu'il envahit la France.
Il y a là une certaine différence de traitement qui interpelle. Effectivement, l'arrestation d'un journaliste, ça n'est pas anodin, mais je crois qu'il a suffisamment de défenseurs comme ça, là tout de suite.

Damsmad a dit…

Monsieur Bernard, t'es tout simplement brillant. Si j'étais pas manchot comme un poulpe j'applaudirais des 2 mains (en vérité c'est surtout que dans pareille situation je ne pourrais pas t'écrire cette prose énamourée de fan inconditionnel).
Pourvu que tu dures.

Monsieur Bernard a dit…

@PassereauMasqué
Il ne s'agit pas de rire de l'interpellation d'un journaliste mais bel et bien des réactions outrées des habituels thuriféraires de la politique répressive. Mougeotte, Lefèvre qui s'indignent, c'est indécent. Voir nos plus grands éditorialistes feindre de découvrir les violences policières dans leur style boursouflé c'est indécent. Et enfin, voir les serviteurs de Lagardère ou Dassault défendre la liberté de la presse, c'est hilarant.

LePassereauMasqué a dit…

Oui, mais dans cette affaire, le plus important, c'est le fait lui-même : le comportement policier routinier qui consiste à insulter, menotter, mettre à poil, tout interpellé. C'est vrai que voir intervenir un Lefebvre sur le sujet est grotesque. Quand ce genre de truc arrive même à un "ex-PDG de Libération", c'est que ça doit être encore pire pour les gens ordinaires (avec des coups), cette affaire peut servir à faire comprendre ça, et pire encore pour ceux qui sont spécialement dans le collimateur (immigrés, jeunes banlieusards, "ultragauchos", pauvres...)

En fait on n'est pas en désaccord, moi j'aurai insisté sur ce côté là, trouvant les réactions des politichiens et chroniqueurs institutionnels secondaires.

Anonyme a dit…

Beaucoup de journalistes ont montré à maintes reprises qu'ils avaient l'échine souple, je ne comprends pas ce raidissement soudain...

Anonyme a dit…

A mon frère de 12.31 :
Une piste : les (excellents) journalistes se sont peut-être identifiés à Vittorio, alors qu'à Mohamed, non ?

Anonyme a dit…

Moi ce qu'il m'interpelle, c'est la fonction non anodine de la personne... C'est bien à l'encontre d'un ex-PDG et journaliste que l'on use de la violence et de l'intimitation... Pas un quelconque anonyme fondu dans la masse des "exclus", des "déviants". Non c'est une personne dont le témoignage des méthodes de l'Etat va inévitablement être écouté de façon massive et attentivement.... Le pouvoir en a conscience. C'est un message, un tour de force, avec la volonté que ça se sache....
en tout cas merci pour ce bon usage de la dérision Mr Bernard...

vieil anar a dit…

Il semblerait donc que la "diffamation" soit un sport de combat, dans lequel il convient de garder une fermeté des sphincters, à tout le moins, hermétique, sinon, on l'a dans l'cul, n'est- ce pas mon cher Vittorio...!
J'espère que les forces de l'Ordre en ont profité pour exercer la sodomie à visage humain, que pratiquent si bien Mrs Joffrin et consorts, sport qu'on dénomme également "enculage de mouche"...

Mr Bernard, bien à vous!

Anonyme a dit…

Je ne vois rien de choquant, je serais même plutôt reconnaissant que des policiers, dont la vocation est bien certainement celle de gardiens de la paix, aient prouvé par des actes que tout ce qui se dit sur les gardes à vue, et serait l'oeuvre de certains de leurs prétendus collègues, n'est pas fantasmes de mythomanes ou de paranos, mais bien une réalité qu'il fallait faire connaître, et qu'en conséquence personne ne pouvait mieux porter le message qu'un journaliste, message destiné à tenter de redonner un peu de lucidité à une profession dont bien des membres semblent souffrir de cécité chronique.
Rien ne remplace l'enquête de terrain.

tgb a dit…

on s'y croirait...

Aka 75 a dit…

Les députés ont si bien compris l'émotion des policiers lors de l'arrestation qu'ils ont fait une minute de silence à l'assemblée comme ils l'avaient fait pour en l'honneur du député assassin-domestique-qui-prend-les-femmes-pour-ses-objets-comme-le-président-S .