Le CAMED (Collectif des Artistes Millionnaires Engagés A Droite) n'en finit plus de créer. Le soir, le matin, en voiture, aux toilettes, au restaurant à Londres, à Gstaad, c'est un quintal de matière grise qui produit des dizaines de nouvelles connexions neuronales à chaque instant. La dernière trouvaille n'est certes pas d'ordre artistique, car avec tous les soucis informatiques ça n'est pas évident. Elle est plutôt de l'ordre de la stratégie commerciale, voire géopolitique.
Ils s'y sont mis en effet à deux Johnnies dans leur garage pour confectionner cette bombe sale médiatique nommée Vengeance, présentée cette année au festival de Cannes. Le concept est simple : réaliser un film tellement nul à chier que même les pirates n'oseront pas le télécharger. En revanche, le battage médiatique traditionnel permettra d'assurer tranquillement le nombre d'entrées habituel selon la méthode largement éprouvée. Certes le bouche à oreilles sera mauvais mais qu'importe, ceux qui sauront auront déjà payé, et les autres devront confronter les avis discordants pour finalement, se faire "une opinion" par eux-mêmes pour enfin participer à la "polémique". Double avantage, le bouche à oreilles découragerait totalement les pirates qui n'ont pas que ça à faire de se taper des navets, alors que des milliers de chefs-d'-oeuvre sont en attente de visionnage dans leurs disques durs.

C'est bien vu, et si ça marche, ça fera bien les pieds aux pirates. C'est ainsi que Vengeance (dont l'allusion au téléchargement illégal ne fait aucun doute) est une sorte de film réalisé par Johnnie To et joué par Johnny Hallyday et des acteurs professionnels en mauvaise passe financière. Un gros navet. Mais qu'importe ! Le but est avant tout de sensibiliser le public à l'idée que la priorité n'est pas de faire des bons films mais bien de les vendre. Car l'industrie du divertissement n'a que faire des chefs d'oeuvre qui n'intéressent personne. L'industrie du divertissement est responsable, elle emploie et nourrit des dizaines de milliers de personnes, elle remplit une mission de service public et doit de ce fait être rentable. Selon une source proche, elle menacerait même de liciencier une personne par film téléchargé si la loi "Création de Valeurs et Internet" ne passe pas.
On entend déjà la critique : "Vous ne faites que de la répression, vous n'encouragez rien". Un peu facile. C'est pourquoi, dans un prochain amendement à la loi "Création de Valeurs et Internet", il serait question de permettre une déduction d'impôts aux contribuables pouvant justifier être allé voir "Vengeance" en salle, ou de s'être procuré légalement les intégrales de Johnny Hallyday et des autres membres de la CAMED. Christine Albanel souhaite ainsi élever le combat de Johnny au rang de cause nationale.
Pourtant, certains critiquent déjà la stratégie au sein même de la majorité politico-médiatique :
"On a déjà essayé aux Etats-Unis, regardez ce que ça a donné. On les a inondés de bouse culturelle pendant trente ans, résultat : au lieu de rejeter maintenant ils en redemandent. Durant les dix dernières années, les téléchargements ont monté en flèche, évidemment." nous explique le Directeur de la création artistique et des produits dérivés chez Universal. "Résultat de la manoeuvre : on se retrouve aujourd'hui avec un manque à gagner sur les produits culturels de l'ordre de deux mille milliards de dollars. On est pas loin de penser que les subprimes à côté, c'est de la pisse de chat. ", ajoute-t-il gravement.
"Non, aujourd'hui, on n'a certes pas besoin de faire de bons films pour vendre. Mais ça ne dissuade pas pour autant le piratage, au contraire".
On serait bien loin de la solution miracle, mais comme disait Rama Yade sur un autre sujet : "Dans une ville il faut tout tenter". Johnny s'est approprié la formule pour ce qui est du combat pour la création, et si cette nouvelle stratégie commerciale ne fait pas ses preuves, au moins a-t-elle le mérite de relancer le débat national et peut-être donner des idées aux jeunes créateurs. Créateurs artistiques, créateur d'entreprises, créateurs de portefeuilles de valeurs boursières, de publicité, bref tous les métiers de la création pourraient se retrouver unis dans ce mouvement.
Alors Johnny tient bon malgré la tourmente. Il déclarait récemment dans une interview au Caesar's Palace de Las Vegas :
"Si ça doit changer ça changera, je ne vendrais pas mon chalet" (Mediapart, 03 mars 2009)


















