jeudi 4 mars 2010

La digue du cul

"C'est malheureusement la démonstration tragique que notre système de digues réparties sur tout le littoral n'est plus viable". Si on en croit la ministre de l'Écologie Chantal Jouanno, la tempête qui a ravagé l'ouest de la France semble avoir sonné le glas des digues par répartition. Et le plan digue actuellement en préparation devrait proposer une réforme en profondeur de notre protection littorale.

Une bonne tempête c'est aussi l'occasion de nettoyer sous les meubles

C'est Nicolas Sarkozy qui a tracé la voie de la réforme : "A vouloir protéger tout le monde des inondations, on n'a finalement protégé personne. Il faut imaginer un système plus souple, plus flexible, plus moderne". Car le climat mondial a évolué plus vite que notre protection et les tempêtes d'aujourd'hui ne sont plus celles de 1945. Un constat qui appelle à changer de philosophie. "La volonté, légitime d'ailleurs, des français de protéger leur famille des tempêtes ne doit pas nous enfermer dans un carcan. Les digues françaises sont non seulement inefficaces car délabrées mais elles remettent en cause la libre circulation des vents et des marées mondiales, qui est un principe démocratique avec lequel je ne transigerais pas".

La relance du secteur automobile est en bonne voie

Hors de question donc de rénover les digues vieillissantes "qui sont un frein à notre compétitivité". François Fillon entend réformer ce système archaïque en favorisant la digue particulière : "On va inciter les français à investir dans leur propre digue avec des aides du type déductions d'impôts. On favorisera aussi l'achat de pompes". De plus, la gestion des ultimes digues collectives devrait être confié au secteur privé sous forme de concessions. En contrepartie du risque accru, les assureurs verront leurs prérogatives étendues et les assurances-vies deviendront "encore plus attractives".

Le plan digue est bien sûr très loin de faire l'unanimité. L'opposition et les syndicats dénoncent une réforme qui "pénalise une fois de plus les classes populaires", même si le Parti Socialiste ne se dit pas "opposé par principe à une privatisation partielle de la protection littorale". Face à cette levée de boucliers, l'UMP, par la voix de son porte-parole Frédéric Lefebvre, est monté au créneau pour défendre le projet gouvernemental : "Les Français ont bien compris que la démographie en bord de mer ne nous permet plus de financer notre protection littorale. A moins d'augmenter les impôts bien sûr!". Par ailleurs, Xavier Bertrand a rappelé que nous "sommes dans une ère de climat global. Pourquoi la France se paierait le luxe d'avoir des digues quand des pays émergents comme la Chine et l'Inde s'en passent. Ce serait une folie que de faire fuir les vents mondiaux avec des contraintes trop lourdes".

En espérant que la prochaine tempête ne rate pas sa cible

De son côté, Laurence Parisot, tout en se félicitant du maintien du bouclier littoral pour les foyers fiscaux supérieurs à 800 000 euros - "un geste pour les classes moyennes" - a encouragé le gouvernement à poursuivre son effort : "C'est une réforme courageuse dont on ne peut pas faire l'économie. Il faut que les français deviennent riscophiles, qu'ils acceptent une société, une vie un peu plus précaires mais créatrices de richesse. Bien sûr, ce n'est pas facile de retrouver mémé noyée dans son pavillon, mais si on peut gagner 1 point de croissance". Par contre, la présidente du MEDEF est restée discrète sur l'existence de "golden digues" pour les patrons du CAC : "On ne va quand même pas laisser les vagues balayer nos villas du bassin d'Arcachon comme de vulgaires caravanes".

18 commentaires:

kmizole a dit…

Efficace comme toujours :) Merci pour la bonne fin d'après midi !

Carla Brutie a dit…

Encore bravo, Monsieur Bernard !
Avez-vous des nouvelles de vos collègues?
Heureusement que vous êtes là pour couvrir l'événementiel, tel un Frédéric Lefèbvre du journalisme d'investigation (je sais que le compliment vous fera plaisir).

Veig a dit…

N'oublions pas non plus que notre président a soutenu le droit à la libre construction dans les zones inondables et l'assouplissement des règlements.

Au fait, pas de renforcement prévu pour la portion de digue située entre Nantes et Montaigu (pourtant en Vendée) : que fait Roselyne Bachelot, d'habitude si prompte à proposer un Grenelle sur le sujet ?

pièce détachée a dit…

@ Veig :

Bachelot a suffisamment à faire avec les dégâts de l'inondation de vaccins, alors on l'embête pas, hein.

Le Monolecte a dit…

Excellent! Délicieusement méchant et juste! ♡

Zgur a dit…

Et dire que Jacques Marseille (parti à 64 ans sans sa retraite, chapeau!)ne sera plus là pour "thuriférer" ce plan de libéralisation des digues dans un océan libre de vagues libres !

Champagne !

Mwarf !

Zgur

cyclomal a dit…

A vous lire, je n'arrive pas à endiguer mes rires ni d'ailleurs mon envie de vomir devant les pertes humaines causées par l'inconséquence coupable des zoo-torités. Car à qui profite le crime? Qui recèle le bénéfice de la vente de ces terrains mortifères? Ces fortunes indues sont bien protégées par la digue fiscale, n'en doutons pas. Le chenil journalistique n'en parle pas, j'y vois une preuve imparable de culpabilité de la France d'en haut contemplant la noyade des pauvres gens. Alors rions, on est en France, nous aussi...

La météo moralisé a dit…

Quelle chance ont les Français, d'avoir une Président qui à la courage de dire la vérité aux Français !

Veig a dit…

" Il faut imaginer un système plus souple, plus flexible, plus moderne"

Un concept novateur qu'on pourrait appeler flexinondation®©™ ?

Olivier Bonnet a dit…

Excellent ! Toute la fourberie de la novlangue de droite efficacement ridiculisée. Sarkozy voulait assouplir la loi littoral et construire en zones inondables... Evidemment, depuis Xynthia, il ne dit plus ça !

Darky a dit…

Pour régler de nombreux problèmes il suffirait de placer les maisons de retraite en bord de mer, et lancer un grand plan de construction : 'des maisons pour les chomeurs' proches des plages.

Quant aux prisons, il suffirait d'une ile bien placée pour réduire drastiquement la surpopulation carcérale.

Le tout financé par les banques et les assurances, l'état se portant caution bien sur.

A défaut de tremblement de terre, en France, on doit s'adapter.

Anonyme a dit…

Vous avez remarqué l'extrême pudeur des journaux : les morts n'étaient que des petits vieux ; Rappelons-nous de Mattéi au moment de la canicule, "quelques jours plus tôt ou plus tard ". En revanche, des enfants morts, cela fait tache. Alors, on n'en parle pas

Anonyme a dit…

De précaire je suis passé Chef d'ENTREPRISE, mode d'emploi :

http://grenouillenews.free.fr/gre/?p=1284

les amis du négatif a dit…

Ch'tiote chronique des échoués:
Belle envolée ! Heureux qui à l'abri sur la colline voit au loin le bateau dans la tempête.

Océan: masse d'eau occupant à peu près les deux tiers d'un monde destiné à l'homme, lequel est dépourvu de branchies.
Ambrose Bierce

Port: endroit où les bateaux sont à l'abri des tempêtes et exposés à la furie des douanes.
Ambrose Bierce

Lorsqu'on regarde sa vie passée, on croit voir sur une mer déserte la trace d'un vaisseau qui a disparu.
Chateaubriand

Naviguer, c'est accepter les contraintes que l'on a choisies. C'est un privilège. La plupart des humains subissent les obligations que la vie leur a imposées.
Éric Tabarly

On dit toujours que, lorsqu'un navire est sur le point de couler en pleine mer, les rats sentent le danger longtemps avant les hommes et se sauvent tous ensemble. Question: où peuvent-ils bien aller?
François Cavanna

Depuis Archimède les bateaux flottent.
Gregory Suave

Un bateau est une beauté et un mystère quelque soit l'endroit d'où on le voit.
Harriet Beecher Stowe

Puisqu'on ne peut changer la direction du vent, il faut apprendre à orienter les voiles.
James Dean

Évoluant dans un élément instable, hommes, femmes et bateaux, soumis à des influences aussi subtiles que puissantes souhaitent voir leurs mérites reconnus plutôt que leurs erreurs soulignées.
Joseph Conrad

Celui qui a inventé le bateau a aussi inventé le naufrage.
Lao-Tseu

Qu'il est doux, quand sur la vaste mer, le vent soulève les flots, de contempler depuis la terre ferme, les terribles périls d'autrui.
Lucrèce

A terre, même dans les moments les plus sombres, la vie recommence toujours le lendemain. En mer, lors d'une tempête, on éprouve un sentiment de piège pour l'éternité.
Olivier de Kersauzon

Quand un cachalot de 45 tonnes vient de tribord, il est prioritaire. À bien y penser, quand il vient de bâbord aussi.
Olivier de Kersauzon

Sur la mer, personne ne vous prend en tutelle. C'est le dernier espace au monde où vous êtes responsable.
Paul Guimard

Toute mécanique, particulièrement nautique, même la plus simple, connaît un état normal, naturel, stable, appelé "la panne" . On peut dans certains cas, et pour une durée toujours limitée, la maintenir dans un état anormal et parfaitement instable, appelé "état de marche".
Pierre-Antoine Muraccioli, dit "Antoine"

La tempête survenue inopinément il y a quelques jours en rase campagne "plaine-morne plaine-pleine" aura été aussi officieusement des plus soucieuse de la démocratie authentiquement vraie dans l’hexagone : il n’a été dénombré aucune tête de liste parmi les "victimes" si chaleureusement canonisées en grand’foiré hier à Lucon entre sabres et goupillons.
Il y a des perles!
Vive les "mouettes échandons" à bulles!
Le caviar se pêche uniquement à bord de grands canapés!
Steph.

Par Nosotros.Incontrolados-Les Amis du Négatif - Publié dans : LA NIQUE DES BELLES INSOLENCES - Communauté : DES ZAZ DANS LE QUARTIER
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Onapasencoretoutvu a dit…

Et le pire dans tout ça, c'est que la concession d'endigage existe et qu'elle permet au concessionnaire de récupérer les terrains exondés : je propose que les nouveaux lotissements construits sur la mer soient réalisés par Bouygues qui mettra des péages aux entrées de voies pour assurer la sécurité et sera garanti par l'Etat en cas d'inondation.

Veig a dit…

@Onapasencoretoutvu : vous oubliez une clause qui oblige l'Etat à indemniser Bouygues si par malheur les lots créés ne se vendaient pas comme espéré.

Après tout, il y a bien eu le précédent de la rocade à péage de Lyon, où l'Etat, non content d'installer des chicanes pour décourager l'utilisation d'autres routes par les automobilistes, a dû indemniser Bouygues pour le manque à gagner du péage exorbitant exigé pour chaque passage sur la rocade.

Bien fait pour ces feignants de contribuables.

Wanatoctoumi a dit…

Délectable. Merci.

AMB a dit…

EXCELLENT. Merci