mardi 6 octobre 2009

La Poste : les français devront revoter

"Ce sont des cris de douleur, de peur, d’angoisse et de colère que l’électorat de gauche a poussés dans les urnes, à l’occasion de la votation citoyenne (...). Comme en pareil cas, il fallait des leaders d’occasion qui nourrissent ce désarroi national. Les uns ont surenchéri dans la maladresse, les autres dans les mensonges éhontés. A l’arrivée, un désastre général et une épidémie de populisme qui emportent tout sur leur passage, la Poste, les élites, la régulation du libéralisme, le réformisme, l’internationalisme, même la générosité". C'est Serge July, sorti de sa retraite pour l'occasion, qui résumait le mieux le dégoût de la presse et de la classe politique après la votation citoyenne organisée ce samedi sur le statut de la Poste. Comme en 1995 avec la réforme Juppé, comme en 2005 avec le référendum sur le TCE, le peuple a montré qu'il était difficile de lui faire confiance sur les grands enjeux. Des citoyens flattés dans le sens du populisme et de la xénophobie par une extrême gauche agitant le spectre du postier polonais. Et une nouvelle occasion manquée.


Des urnes ouvertes aux pauvres et aux étrangers. C'est ça que vous appelez la démocratie?

Et maintenant? Que faire de ce vote qui condamne la Poste à un avenir bien sombre. Quel est le plan B? Dès dimanche, l'UMP posait la question de la légitimité de cette votation, cette "pantalonnade" qui "prouve que la gauche n'aime pas nos entreprises publiques, qui méritent un meilleur traitement et plus de respect que cette mascarade". Principal reproche : le déficit de démocratie. Ainsi, le ministre de l'industrie Christian Estrosi, féru d'histoire, raillait un scrutin qui lui rappelait "les grandes heures de l'Union Soviétique". De son côté l'ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin, passionné de droit constitutionnel, tentait de ramener un peu de raison : "Je dis attention à cette démocratie participative: qui est représentatif? Le peuple français et pas une partie du peuple français. Je me méfie de ces comités: même s'il y a deux millions de personnes, ce n'est pas le peuple". Et le peuple, Jean-Pierre Raffarin le connaît. Le député de la Vienne réclamait un retour aux fondamentaux : "Revenons à des principes démocratiques".

A l'UMP, la démocratie ils connaissent

Pour rétablir les règles démocratiques, le gouvernement a donc décidé de s'emparer du dossier. Comme en 2008 avec le Traité simplifié, Nicolas Sarkozy a promis de sortir de l'ornière l'avenir de l'entreprise publique. Ainsi, une nouvelle votation citoyenne sera organisée la semaine du 14 décembre. Un vote qui respectera la démocratie et le peuple, puisqu'il sera limité aux seuls parlementaires réunis en Congrès à Versailles. "Il faut dépassionner le débat et le confier aux experts. Que connaît madame Michu à la concurrence du secteur postal? La démocratie participative ne vaut que sur des sujets simples. Sinon, c'est la porte ouverte à tous les populismes. Et pourquoi pas un référendum sur la politique fiscale ou le nucléaire tant qu'on y est?". Avec cette déclaration, Nicolas Sarkozy entend siffler la fin de la récré.

Les irlandais, moins archaïques, ont voté Yes à la privatisation des services publics

D'après les premiers sondages, une large majorité des députés et sénateurs entend voter pour le projet de restructuration de la Poste, même si certains socialistes ont annoncé qu'ils s'abstiendraient. Un projet qui permettra à la Poste de continuer son chemin vers l'excellence, une voie déjà tracée par France Télécom.

6 commentaires:

secondflore a dit…

Quel courage il m'a fallu pour voter Non à cette pantalonnade !
Des quidams voyant mon stylo pencher vers la case de droite ont voulu me molester. En d'autres temps je leur aurais volontiers opposé l'exemple de France Telecom (merci de le rappeler), mais la triste mode dont se sont épris quelques archéosalariés du groupe ces derniers temps nuit à l'argumentation...
Heureusement, ma vivacité d'esprit m'a permis de rappeler à la foule hostile comme le monde va mieux depuis que les services de renseignements téléphoniques sont soumis à la concurrence. Ah, il fallait le voir, ce front de gauche se plisser soudain, admettre que le service est tout de même meilleur aujourd'hui pour un coût bien moindre, et surtout se souvenir que les pubs étaient rigolotes.
"Merci Monsieur, m'a embrassé une dame, mon petit-fis travaille chez Publicis et la libéralisation lui peret de conserver son emploi!"
La foule alors nous a applaudi, et nous avons chanté les louanges de la sainte concurrence.

Léo a dit…

Surprenant ! J'ai vu cet article repris sur Marianne2. Est-ce normal ?

http://www.marianne2.fr/Pour-une-votation-citoyenne-sans-les-citoyens!_a182342.html

Anonyme a dit…

La droite sarkozyenne a raison de critiquer le vote sur La Poste : on se croirait au Gabon !

Et si, par hasard, notre vénéré omniprésident perdait les élections présidentielles de 2012, ce serait certainement que les français ont mal compris l'enjeu du vote. Il faudrait revoter ! !

Le plus simple serait de supprimer le droit de vote et même le droit de penser pour les gueux. Ces archaïsmes sont bravement combattus par les plus performantes et les plus modernes de nos entreprises comme France Télécom !

Eric, Evreux

Anonyme a dit…

@léo
Oui c'est normal, Marianne2 a besoin de bons articles pour survivre...

babelouest a dit…

"Puisque le peuple vote contre le Gouvernement, il faut dissoudre le peuple."
Berthold Brecht avait tout compris. Parce que le gouvernement, ceux qu'il soutient et ceux qui le soutiennent doivent avoir les coudées franches. Pourquoi des salaires ? Pourquoi des prélèvements sociaux ? Pourquoi des services publics ? Les dieux de l'Olympe n'en ont que faire, et cela abaisse leurs marges.

O peuple, pars, fuis, tu ne sers à rien, tu gênes, tu cries, tu t'émeus, tu bouscules parfois les paisibles représentants de l'Ordre Nouveau, ces élites en bleu qui sont là pour t'empêcher de te faire mal avec tes poings sur les vantaux des préfectures. Puisque le Monsieur te dit que tout ce qu'il fait, c'est pour ton bien ! Accepte avec reconnaissance, ou vas ailleurs exporter tes idées d'égalité sociale, devant l'impôt, devant l'éducation, devant la justice, devant la santé.

Il est temps que les religions, ces aides subtiles, pleines d'empathie, de douceur, de tolérance, prennent la place de l'école pour tous, de la médecine pour tous, de la justice où tous ont leurs chances de faire valoir leur droits (horreur). Le bonheur est dans le pré, pais en paix petit troupeau, et ne lève pas la tête surtout.

Claudius a dit…

C'est trop bon.
Je vais encore être obligé d'en causer sur facebook.